La Gestalt-thérapie s’appuie sur la relation qui s’établit entre le patient et son thérapeute pour transformer les souffrances. Cette relation est spécifique et n’existe nulle part ailleurs dans la vie d’une personne.
Mais comment se caractérise-t-elle et pourquoi est-elle si importante ?
Les relations font partie de notre vie, on pourrait presque dire qu’elles font notre vie. Nous sommes en relation dès le plus jeune âge. Même avant la naissance s’établit une relation avec les parents, puis il y a la fratrie, les autres personnes dans l’entourage, puis les amis, les collègues et même une relation à soi-même que l’on peut apprendre à améliorer pour construire une vie saine et satisfaisante.
La relation thérapeutique est une relation de confiance, de service, d’échange. Lorsqu’il y a souffrance ou difficulté dans la vie, l’entourage, famille et amis, ne peuvent plus très bien aider. Les proches sont trop impliqués et ne peuvent pas faire preuve d’assez de distance pour entendre la douleur ou les questions. Souvent il est difficile de trouver les mots et comprendre réellement sa propre situation. C’est ce qui crée de l’anxiété, un état dépressif et toute sorte d’émotions difficiles.
L’aide d’un professionnel de la psychothérapie s’avère alors nécessaire et surtout très utile. Avec elle ou lui peut s’instaurer une relation de confiance qui permet le changement, la déconstruction de schémas et l’ouverture de nouvelles perspectives. Comment cela devient-il possible ?
En Gestalt-thérapie et dans d’autres approches humanistes de la psychothérapie, le thérapeute apprend à aider cette relation thérapeutique à s’établir. On parle aussi d’alliance thérapeutique parce que le thérapeute et le patient ou client oeuvrent ensemble au service de cette personne. Pour cela le Gestalt-thérapeute a été formé dans un cursus long qui correspond à un niveau élevé d’études. Il a aussi « travailler sur lui-même » : il a regardé sa propre vie, ses propres souffrances, a déconstruit les schémas qui ne sont plus constructifs et a trouvé de nouvelles perspectives dans sa vie. Il sait donc de quoi il en retourne lorsqu’une personne s’adresse à lui pour chercher à aller mieux. Il a aussi appris des techniques et des outils pour aider la personne à aller vers ce changement attendu. Il sait aussi que c’est « la relation (qui) contribue de manière significative au succès de la thérapie, davantage que la technique et la stratégie thérapeutiques » (Bozarth, Motomasa, 2014). Ainsi la technique sert la relation, elle ne soigne pas directement. A partir de ses connaissances et techniques, le thérapeute développe une posture thérapeutique. Elle permet d’établir une relation suffisamment forte, dans laquelle la personne se sent entendue et soutenue (Winkler 2012).
L’alliance thérapeutique demande au thérapeute d’être capable d’incarner trois grands principe d’écoute et d’interaction : l’empathie, le regard positif et inconditionnel, ainsi que la congruence. Ces principes ont déjà été énoncé par Carl Rogers, Eugène Gendlin et les auteurs de la Gestalt-thérapie vers la fin des années 1950.
L’empathie désigne la capacité à pouvoir entendre la souffrance de l’autre. Un thérapeute formé peut s’ouvrir à ce que la personne a besoin de dire, à l’aider à le formuler, à la questionner pour bien comprendre et trouver les mots juste.
Le regard positif et inconditionnel correspond à une posture de non-jugement. Grâce à la capacité d’écoute et d’ouverture, le thérapeute reçoit ce qui est dit sans jugement. La parole peut circuler et se libérer. Loin d’un laisser faire, cela signifie que thérapeute et patient peuvent mener une réflexion commune profonde pour trouver de nouvelles possibilités.
La congruence décrit une forme d’adaptabilité dont le thérapeute doit faire face pour communiquer avec la personne en face de lui. Chaque personne est différente et surtout unique. Le thérapeute permet de mettre à jour ce côté unique. C’est par là que se trouvent les ressources qu’une personne porte en elle pour créer une vie satisfaisante et saine.
‘C’est la construction dans le temps, dans un rapport humain d’authenticité’ qui font l’alliance thérapeutique (Valon, Lalau, 2020). La capacité du professionnel de la psychothérapie à être avec le patient ou client (selon les approches auxquelles le thérapeute se réfère) prime sur la technique qu’il emploie. La réussite de la thérapie en dépend.
« La psychothérapie est efficace et aucune technique qui a fait l’objet d’une évaluation systématique n’est supérieure à une autre. Que ce soit pour les problèmes de santé mentale ou pour les addictions, les groupes de personnes qui ont été en traitement s’améliorent davantage que les groupes qui n’ont pas profité de services cliniques » (Nadeau 2012).
La science n’a plus besoin de prouver que la psychothérapie marche, mais cherche encore comment cela fonctionne, c’est pourquoi elle s’intéresse à cette relation particulière qui permet la transformation des souffrances et des blocages. C’est un processus relationnel au coeur de cette alliance entre le thérapeute et la personne qui consulte.
Bozarth, J., Motomasa, N., Traduction Ducroux-Biass, F. (2014) . La relation thérapeutique: enquête sur l’état de la recherche. Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, n° 19(1), 58-76. https://doi.org/10.3917/acp.019.0058.
Nadeau, L. (2012) . Les études sur l’efficacité de la psychothérapie ou comment la science répond à une question intime. Psychotropes, Vol. 18(1), 77-88.https://doi.org/10.3917/psyt.181.0077.
Valot, L., & Lalau, J. D. (2020). L’alliance thérapeutique. Médecine des Maladies Métaboliques, 14(8), 761-767.
Winkler, C. (2012). De l’implicite dans la posture. Cahiers de Gestalt-thérapie, 30(2), 28-45.