La philosophie, la psychologie et la biologie convergent à confirmer que nous naissons dans le lien. Avant même d’avoir conscience de nous-mêmes, nous existons déjà dans le regard de quelqu’un. Et c’est dans cet espace relationnel premier, que se joue quelque chose d’essentiel — quelque chose qui ne cessera de se jouer.
La Gestalt-thérapie part de cette réalité fondamentale. Elle conçoit l’individu comme un être-en-contact, perpétuellement en dialogue avec son environnement. Le self ne préexiste pas à la relation : il s’y forme, s’y découvre, parfois s’y perd. C’est pourquoi le travail thérapeutique en Gestalt ne se fait pas sur la relation, mais dans la relation.
Le fil qui commence avant la naissance
La relation précède la parole. Avant de nommer ce qu’on ressent, avant même de savoir qu’on ressent, on est déjà façonné par la qualité des liens qui nous entourent. La façon dont on a été porté, regardé, répondu ou ignoré dans les premiers mois de vie tisse une trame invisible — ce que les chercheurs en attachement appellent le modèle interne opérant — qui va orienter, à notre insu, notre manière d’entrer en contact avec les autres plus tard. Comprendre d’où vient notre façon d’aimer, de fuir, de nous soumettre ou de nous défendre dans les relations, c’est commencer à pouvoir changer, transformer cela. Le passé relationnel reste actif tant qu’il n’est pas reconnu.
Au fil de la vie, nous connaissons un grand nombre de relations de qualité différente. La famille, les amis, les collègues, les copains, les connaissances, chaque relation comporte des spécificités qui nous entravent ou nous aident. Allons en explorer certaines :
L’amitié, une forme d’amour qu’on sous-estime
Parmi toutes les relations que nous construisons au fil d’une vie, l’amitié occupe une place singulière. Une amitié est une relation librement élue, régulièrement renouvelée, fondée sur une réciprocité qui est soumise à des variations. Une amitié profonde est un cadeau précieux (lire l’article sur l’amitié) dans la vie : on peut être en désaccord sans rupture, vulnérable sans honte, différent sans être rejeté. L’ami ne cherche pas à nous corriger ni à nous confirmer. Il nous accompagne dans la pensée, dans le doute, dans les épreuves et les joies.
Il est bien reconnue que l’isolement a un effet néfaste sur la santé morale et physique. Les liens sociaux solides constituent l’un des facteurs les plus robustes de résilience psychologique. Avoir des amis sur qui compter est une nécessité pour bien vivre, sur le plan psychologique autant que physiologique. Et perdre une amitie, par la trahison, par un silence qui s’étire, par les malentendus et les non-dits, peut déclencher un deuil aussi violent que la perte d’un proche.
Quand les relations abîment
Nous connaissons probablement tous ces relations qui font mal. Certaines épuisent, d’autres détruisent et le plus souvent sans pouvoir l’empêcher. Il existe nombre de violences relationnelles (lire aussi l’article) que l’on subit sans vraiment prendre la mesure de la difficulté qu’elles comportent. Car les violences relationnelles opèrent dans la répétition, l’ambiguïté, dans une progression silencieuse : une dévalorisation glissée dans une phrase anodine ou l’hypercontrôle qui se présente comme de l’amour, peut être de la culpabilisation qui nous fait douter de nous-mêmes ou encore quelqu’un qui vous amène à un isolement progressif dans une relation exclusive. Ces dynamiques sont difficiles à nommer et donc difficiles à quitter. Et pourtant vous finissez par ne plus vous sentir vous-même.
Cette perte de soi est un signal. Le doute chronique sur vos propres perceptions, l’hypervigilance aux humeurs de l’autre, la honte de ne pas comprendre ce qui se passe : ce sont les effets d’une relation traumatisante, quel qu’en soit le cadre — amoureux, familial, amical, professionnel. C’est dans une autre forme de relation que les blessures de ces violences peuvent se réguler. La relation thérapeutique, la confiance qui s’établit entre la personne et le thérapeute au cours des échanges vous rendra votre propre réalité. Dire ce qui s’est passé sans se justifier, sans minimiser, être entendu et cru dans un cadre sans jugement et sans rapport avec toutes les personnes de votre entourage, permet de retrouver la confiance en vous. Vous pouvez en savoir plus dans mon article “La relation thérapeutique est la base pour transformer les souffrances” (1).
La dépression, le lien brisé
La dépression est une maladie du lien (lire l’article) autant qu’une maladie de l’humeur. Elle modifie la façon dont on perçoit les autres les rendant lointains, indifférents, parfois menaçants Et c’est la façon dont on se perçoit soi-même : une charge pour soi et pour les autres, comme quelqu’un qui n’a rien à offrir, dont la présence est gênante. Un cercle vicieux s’enclenche : elle pousse au retrait, le retrait aggrave l’isolement, l’isolement approfondit la dépression. Les proches, de leur côté, ne comprennent souvent pas ce qui se passe. Ils peuvent ressentir le retrait comme un rejet, l’irritabilité comme de l’hostilité, l’absence de réponse affective comme un désintérêt. La relation s’érode par manque de ressources et d’information, par manque de lien. Dans ce cas chercher de l’aide thérapeutique est une façon de ne pas laisser la maladie décider à votre place et à retrouver de la vitalité à travers le lien thérapeutique..
Ce qu’on peut retrouver
La violence subie, le deuil d’une amitié, la dépression qui isole, les répétitions relationnelles qu’on ne comprend pas, ce sont des événements du parcours de la vie. Les blessures laisse des marques qu’il est possible de prendre en main. La Gestalt-thérapie apprend la capacité de contact qui est une force vivante, qui se retrouve, qui peut s’abîmer et se réparer. Elle vous enseigne la présence à soi-même, la liberté dans le contact, et la capacité de faire face, même quand c’est difficile.
Nous sommes des êtres de relation. C’est une donnée fondamentale de ce que nous sommes, qui traverse notre biologie, notre histoire individuelle, et notre façon de donner du sens à notre vie. La thérapie est l’un des rares espaces où ce fil souvent emmêlé, parfois rompu peut être repris et retissé.
Voici d’autres articles que j’ai écrit sur le sujet des relations


